14 novembre 2018 – PAROLE D'EXPERT

EHPAD : quand les mauvaises conditions de travail mettent tout un système en accusation

LC01
Lydia COUCHAUX
Présidente du Cabinet ALTEO,
Expert agréé auprès des CHSCT,

Les médias ont alerté l’opinion publique sur la vie de nos aînés dans les EHPAD. Des mots font résonance : « maltraitance, sous-alimentation, souillure, etc.». Nos aînés presque morts avant d’être réellement morts. Alors, parents, enfants, citoyens sont choqués par la manière dont notre société prend en charge la fin de vie de ces aînés.

Il faut dire que la manne économique que représente les personnes âgées dépendantes pousse les investisseurs à faire de plus en plus de marge pour satisfaire notamment les actionnaires et ouvrir d’autres établissements. Ce contexte incite les directions à organiser le travail d’une manière très calibrée et souvent uniquement au regard de gestes techniques (laver, nourrir, coucher), gestes non pensés en termes de dignité ni pour les résidents ni pour les salariés. Et les économies se font sur tous les fronts : emplois, nourriture, nombre de couches par jour, etc., soit une redoutable course à la compétitivité. Nos aînés sont alors rentables, mais à quel prix ?

Les expertises que nous avons menées nous ont donné accès au terrain, mais également aux plannings de travail étroitement minutés pour toutes les tâches que les salariés ont en charge. Une très forte rationalisation du travail est à l’œuvre, et qui convoque le travail par des gestes techniques, mais qui est loin de l’objectif « prendre soin de ». A ce sujet, les salariés évoquent travailler à la « chaîne », réaliser une succession de tâches chronométrées, à tel point qu’elles n’ont de sens que par le temps qu’elles prennent. On peut vite comprendre que le « prendre soin des résidents et des salariés » est bien loin de la préoccupation des dirigeants qui prônent pourtant un discours de bienveillance. La photo est belle mais la réalité est tout autre.

Ainsi, la recherche de toujours plus de productivité induit une organisation du travail folle, ne laissant plus aucune marge de manœuvre aux salariés en les pressurisant dans leur quotidien. L’activité est donc ponctuée par du quantitatif : 10min pour une douche, 7min pour l’habillage, 15min pour l’hydratation, etc., ceci avec des moyens humains très insuffisants. La contradiction est forte : prendre peu de temps ou prendre le temps nécessaire pour s’occuper des résidents sans les brusquer. Les salariés se retrouvent alors pris par une prescription forcenée qui les amène à enchaîner des gestes  sur des corps bien souvent malades, fatigués, abîmés, pour atteindre coûte que coûte des objectifs assignés par des directions inconscientes. Il faut alors choisir quel résident on ne lavera pas, quel pansement on ne changera pas, quel résident restera avec une couche souillée car le quota de couches est atteint, etc.
Or, ne pas avoir le temps de prodiguer ces soins revient à ne pas pouvoir faire son travail : prendre soin des résidents et de leur qualité de vie. Ce contexte ne permet pas aux salariés d’être bien-traitants tout le temps. Ils en sont bien conscients et cette situation est très douloureuse pour une grande majorité d’entre eux. Ainsi, la souffrance et le mal-être des salariés bien présents ne sont pas en lien avec leur activité – prendre soin des personnes âgées et dépendantes – mais avec les conditions dans lesquelles ils exercent leur métier. Il est alors urgent d’agir contre la souffrance des soignants pour réduire la souffrance des patients…

14 novembre 2018 PAROLE D'EXPERT

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