11 septembre 2013 – PAROLE D'EXPERT

Processus de désindustrialisation : l’exemple de l’industrie du verre.

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Christian DURIEU
Coordonnateur de la CFE-CGC au sein du groupe Saint-Gobain représentant de la CFE-CGC dans la branche Verre Mécanique,

Quels constats faites-vous sur la situation de l’industrie du verre en France ?

Dans une grande branche comme l’industrie verrière, le nombre d’emplois a baissé de manière extrêmement brutale. Nous avons vu des sociétés condamnées à disparaitre, comme Sediver, spécialisée dans les isolateurs électriques, rachetée par un concurrent qui a fermé l’usine française pour s’approvisionner au Brésil !

Aujourd’hui le marché de la construction s’est effondré entrainant une forte baisse des besoins en verre. Ce sont huit lignes float qui sont à l’arrêt rien qu’en Europe et certaines ne redémarreront probablement jamais, avec pour conséquences du chômage partiel et des disparitions d’emplois.

 

Et l’Europe dans tout ça ?

Il faut dénoncer ici le jeu pervers des aides européennes qui poussent à créer des entreprises, ce qui condamne l’entreprise d’à côté, ou du pays voisin à fermer parce qu’il n’y a pas la place pour vendre les productions de deux installations faute de marché suffisant. Pour fixer les idées, il faut savoir qu’une ligne de production de verre float manque de souplesse car elle tourne ou pas, et quand elle tourne, c’est à 800 tonnes de verre par jour.

La transformation du verre pour l’industrie automobile suit l’activité des constructeurs. Il n’a échappé à personne que Peugeot et Renault ont diminué leur production très nettement en dessous de 2 millions de véhicules en France et que les immatriculations s’effondrent. Par contre, les allemands arrivent à produire plus de véhicules qu’ils n’en consomment sur leur marché intérieur parce qu’ils exportent notamment dans les pays à forte croissance. Ils y ont construit des usines et, à terme, toutes les voitures vendues en Chine ne seront plus vitrées en Europe, donc les vitrages ne seront plus fabriqués en Europe. Par rapport à la capacité de production installée, il est bien évident que, moins il y a aura de verres à fabriquer, moins les usines seront utilisées, plus nombreuses seront les usines qui fermeront ; pour certaines c’est la chronique d’une mort annoncée. Dans le Groupe Saint-Gobain, nous l’avons vu chez nos voisins belges avec 263 emplois directs supprimés et nous sommes peut-être les prochains sur la liste.

 

A qui la faute ?

Pour utiliser une image choc, en termes de guerre économique, puisque nous sommes en situation de guerre économique, les armes de la guerre économique, ce sont nos usines, et nos usines, se sont nos emplois. Nous avons un certain nombre de grands patrons d’entreprises françaises, qui ont été biberonnés dans les écoles de la République et qui, sans états d’âme favorisent les usines des pays à l’autre bout du monde au détriment des emplois en France. En temps de guerre, quand on fait passer les armes à l’ennemi, ça s’appelle de la haute trahison. Je pense qu’il faut utiliser ce terme fort aujourd’hui comme hier, comme depuis une vingtaine d’années, nos usines sont soumises à une démarche qui s’apparente à de la haute trahison, et ce ne sont plus des blessés sur le champ de bataille que nous avons, ce sont des cohortes de chômeurs, des gens qui perdent tout, des gens qui sont dans une situation d’extrême pauvreté, des jeunes qui n’ont aucun avenir, et ça, ce n’est plus admissible !

S’il y a un enjeu pour le monde syndical, c’est d’apporter des idées, de contribuer au débat d’idées pour trouver des solutions pour changer un système qui est arrivé aux limites de sa capacité de fonctionnement.

 

 

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