28 mai 2014 – PAROLE D'EXPERT

Redonner tout son sens aux vacances et au tourisme de masse

eric
Eric JUNCKER
Secrétaire de l’ANCAVTT
Ancien secrétaire fédéral de la FNIC CGT,

Le droit aux vacances est il en danger ?

Le tourisme a existé de tout temps, de l’antiquité à nos jours, mais il ne s’adressait qu’à une très petite minorité de la population.

Si le tourisme de masse s’est développé depuis la seconde moitié du 20ème siècle, nous le devons à la grande conquête ouvrière des congés payés et aux luttes du front populaire de 1936.

Mais gagner le droit aux congés payés ne signifie pas partir en vacances. Trop longtemps, beaucoup et notamment du côté patronal, ont considéré ce temps de repos comme un simple élément de la reconstitution de la force de travail et non comme un instant privilégié, permettant aux salariés de trouver un espace d’épanouissement et d’enrichissement.

C’est à la Libération, sur la base du programme du CNR (conseil national de la résistance), et plus particulièrement avec la création des CE que la notion de vacances pour tous commence à prendre tout son sens. De plus, ce n’est pas un hasard si dans le même temps, les premières grandes associations de tourisme social voient le jour.

Ce sont toutes ces années qui ont permis de développer un tourisme s’adressant au plus grand nombre et ont offert la possibilité à de nombreuses familles de découvrir la mer, la montagne.

Combien d’enfants ont appris à skier, à nager dans les villages vacances, ont découvert grâce à des animations de qualité ce que signifie réellement le mot « vacances ».

Hélas, depuis la fin des années 1990, de moins en moins de nos concitoyens peuvent partir et ce sont souvent ceux qui subissent dans le même temps de fortes dégradations de leurs conditions de vie et de travail. La privation de vacances est donc pour eux « la double peine ».

Pourtant le tourisme se développe !

Oui, mais quel tourisme, en direction de quel type de population ?

Depuis 2002, tous les gouvernements qui se sont succédé ont privilégié le développement d’un tourisme de luxe notamment en direction de la clientèle très solvable des pays étrangers au détriment d’un véritable engagement pour le droit aux vacances de qualité pour tous.

Et ce gouvernement ne fait pas exception en rattachant les questions du tourisme au ministère des affaires étrangères. C’est un très mauvais signe qui est donné concernant le départ en vacances du plus grand nombre de nos concitoyens.

De fait, toutes les études le confirment, il y aura moins de salariés et leur famille, de jeunes, de retraités et de privés d’emploi qui partiront en 2014 par rapport à 2013.

Plus de la moitié de nos concitoyens sacrifient leurs vacances ou réduisent drastiquement le budget qui leur est consacré.

Alors contrairement aux propos de Claude BUISSON dans son rapport « Lutter contre la fracture touristique », rapport commandé par le ministère du tourisme de l’époque, ce n’est pas de fracture touristique qu’il faut parler, mais d’une véritable cassure sociale entre ceux qui peuvent profiter de ce temps privilégié que sont les vacances et les millions d’autres qui restent au bord du chemin.

Que faire pour restaurer ce droit aux vacances ?

Pour construire une véritable politique du tourisme et de voyage dans un monde qui n’est pas celui des Bisounours, nous ne pouvons compter que sur la mobilisation et l’action du monde du travail.

L’histoire du tourisme, du droit aux vacances et de leur développement ont toujours été liés à l’ampleur du mouvement social.

Sans mobilisation, la France risque de devenir le parc de loisirs des millionnaires de la planète. Ce serait un retour à la fin du 19ème siècle.

Dans cette situation dégradée, les CE et les CASC, avec des moyens de plus en plus limités, mettent tout en œuvre pour permettre à leurs ayants droits de partir. Ils agissent en solidarité avec d’autres par la mutualisation des moyens afin que ceux qui ne peuvent bénéficier d’un CE (53% du salariat) puissent profiter également de vacances.

Les associations de tourisme social et solidaire s’inscrivent pleinement dans ces actions de solidarité avec la volonté d’une véritable mixité sociale au sein de leurs installations.

Les organisations syndicales font au quotidien le lien entre dégradation des conditions de vie et de travail, (précarité, blocage des salaires, baisse du pouvoir d’achat, retraite amputée….) et le recul du départ en vacances.

C’est pourquoi, les associations du tourisme social et solidaire sous des formes diverses ont toujours eu des liens particuliers avec les organisations syndicales et les CE, CASC dans lesquels, ces dernières sont représentées.

Dans ce contexte, comment se situe l’action de l’ANCAVTT ?

Notre association qui a vocation à coordonner l’activité des CE et organismes équivalents s’appuie sur deux piliers essentiels dans l’action pour le droit aux vacances.

Partant du postulat que sans patrimoine social il ne peut y avoir de tourisme social, elle s’appuie tout d’abord sur un patrimoine social et mutualisé, copropriété de 320 CE. Celui-ci représente 38 villages de vacances.

Elle s’appuie en second lieu sur un réseau de 23 associations dans les territoires, afin d’être au plus près des besoins du plus grand nombre. Ces dernières fédèrent les énergies d’environs 2500 CE, cette mutualisation permet aussi d’être au service de ceux et celles qui n’ont pas d’institution représentatives du personnels dans leur entreprise par la mise en commun des moyens humains et financiers.

Répondre aux attentes de tous et toutes pour l’accès aux vacances, aux loisirs et à la culture tel est l’objectif de l’ANCAV-TT.

Mais rien n’est écrit d’avance, et pour notre part, avec tous ceux qui partagent nos valeurs, nous appelons à un véritable changement afin que chacun, chacune sans exception sache ce que veut dire le mot vacances.

C’est pourquoi, nous faisons nôtre la citation de William James : « L’action n’apporte pas toujours le bonheur, mais il n’y a pas de bonheur sans action ».

 

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